On n'est pas dans "Urgences"
A chaque jour son lot d'aventure!!!!
C'est la théorie et c'est que je j'aimerais vous faire croire pour mieux vous faire rêver. En pratique, certains jours on ne fait franchement pas grand chose. C'est un peu comme comparer la vie aux urgences à la série "urgences". J'avais dû m'expliquer quand je travaillais à l'hôpital Beaujon, à Clichy. Nous avions avec nous, pour la journée, un adolescent d'une quinzaine d'année qui avait profité d'un " stage découverte" en entreprise organisé par son collège ou lycée pour venir découvrir le monde trépidant des services où tout le monde est habillé avec un joli pyjama bleu et court en permanence en hurlant " CHIMI IONO!", sauve trois vies à la minutes, et dort sur un brancard, pas plus de douze secondes ( sinon l'intrigue en prend un coup) avant de repartir sauver Chicago.
Oui, mais voilà, Clichy, c'est pas Chicago! Et la vie, c'est pas une série télé. Un épisode raconte en 54 minutes une journée de 24 h, et de préférence, les moments les plus interessants! Sur l'ensemble du temps passé, il y a heureusement des moments de calme, en fonction de l'heure, du jour de la semaine, ou de la saison. Une bonne averse décourage les velleités d'un enrhumé à venir consulter aux urgences. Un match de foot garantit une relative tranquillité jusqu'en deuxième partie de soirée. On observe souvent des rush en fin de matinée et à partir de 18h, après les heures de travail. Donc pour ces raisons, on ne mange pas forcément à midi mais parfois à 16 h, et on ne se couche pas tous les jours à 22h mais plutôt vers 2 ou 3 heures. ça ne veut pas dire pour autant une activité au taquet en permanence.
Revenons à notre jeune ami, assis sur une chaise du bureau des médecins, dépité de ne pas trouver la frénésie qu'il s'était habitué à cotoyer tous les mardi soirs de 20h 50 à 22h50 (parce que les épisodes diffusés par deux, c'est moins frustrant). Il est 10 heures du matin. La matinée s'annonce calme. Il nous observe, nous , les infirmiers et les médecins qui discutons de notre soirée de la veille, et plaisantons de blagues plus ou ou subtiles. L'humour carabin est souvent mal compris!! L'hypothèse d'un café fait plus que se profiler à l'horizon et nous goutons avec bonheur à cette tranquillité toute passagère. Nous savons que ce n'est qu'une accalmie, et en tant que tel, nous la savourons pleinement. Notre petit compagnon d'une journée n'a pas le recul necessaire pour comprendre que sans ces périodes de calme avant la tempête, une équipe, aussi compétente et motivée soit-elle, ne pourrait pas tenir sur la longueur. Travailler aux urgences, c'est un marathon. Voilà pourquoi une des choses les plus importantes que j'ai apprise dans mon métier est : " manger quand on a faim, dormir quand on a sommeil!". On ne sait jamais ce qui se passera dans dix minutes.
Bien sur, il est parti vers 17 h. Bien sur, les choses ont sérieusement commencé à bouger à partir de 18h. Bien sur, le personnel des urgences s'est, comme à son habitude, démené pour prendre en charge dans les meilleures conditions possibles les patients qui lui était confiés. Bien sur, on n'a pas dû manger beaucoup ce soir là. Mais ce n'est pas bien grave, en ce qui me concerne, j'ai des réserves. Et puis, on est là pour ça après tout. C'est dommage, il n'a pas vu tout ça. Est ce qu'il est rentré chez lui se regarder un épisode inédit pour se réimmerger dans sa réalité? Ou a-t-il laissé tomber les séries médicales pour les séries juridiques où les avocats sont tous gentils et se battent pour leurs clients innocents, forcément, sinon ce serait vraiment pas juste?
Pour l'heure, je suis à mon bureau, à Saint Georges. Fait exceptionnel, il est presque midi et je n'ai vu aucun patient ce matin. Il y avait du monde pourtant, mais tous sont venus pour la sage femme qui s'occupe des suivis de grossesse, ou pour la mission de la Croix Rouge qui organise un dépistage de tuberculose. Alors je goute ce moment de tranquilité. Je prends un thé "pêche mangue" acheté une fortune au magasin 8 à 8 local, et je pense à mon petit salon de thé à Cognac, où je vais me poser quand je rentre à la maison, histoire de se faire plaisir avec une nouvelle saveur conseillée par la serveuse suivant son inspiration du moment ( j'aime bien me laisser porter par l'inspiration des autres). La climatisation dans mon bureau, réglée à 26 °C, m'apporte la fraicheur qui fait oublier un instant que je suis en Guyane. 26°C, pour beaucoup de monde, c'est du chauffage. Pas ici!
Depuis que je suis arrivé ce matin, je me demande ce que je vais vous écrire.
Rien!
Rien?