Quelqu'un de bien?
Je sors de la salle de projection, mes lunettes 3D dans la poche et pas pressé de rallumer mon téléphone portable. Dans ma tête, Spiderman bondit d'un gratte ciel à l'autre dans le ciel nocturne de New York, accroché à ce subtil filin de toile d'araignée dont le tisseur a le secret . Ah ce Spiderman! Quel héros! Mais est ce vraiment son objectif? Je n'en suis pas vraiment convaincu. Je suis même persuadé du contraire. Non, son but s'affiche avec de plus en plus de clarté tout au long de son histoire pour devenir limpide au final. Il s'articule autour d'une idée simple à énoncer mais dont la réponse est plus hasardeuse :
« Suis je quelqu'un de bien? »
En voilà une question tordue! Un casse tête garanti rubis sur l'ongle, de quoi se torturer l'esprit bien des soirées pluvieuses enfermé dans la solitude de ses pensées.
Justement.
Forcément.
Inexorablement.
Je me la pose aussi.
D'accord avec vous : pas besoin d'être un super héros pour être quelqu'un de bien. Mais comment le saurais je si je le suis? Et puis d'abord, qu'est ce que c'est : « être quelqu'un de bien »? Je me pose encore la question. Encore et toujours je la retourne dans ma tête et j'ai du mal à y répondre. Dans cette époque de normes, je serais tenté d'évoquer des limites à atteindre, comme des objectifs à viser, des croix à cocher dans la feuille de route d'une vie. J'ai un problème avec ça. Poser des limites, c'est s'en mettre. Se créer des barrières à franchir, c'est en même temps s'enfermer dans un modèle, raccourcir son champs de vision et limiter son « arbre des possibles » . Au même titre « qu'essayer, c'est rater », poser des limites c'est plafonner ses possibilités.
Il doit alors s'agir d'avantage d'un comportement, une ligne de conduite, un degré d'exigence envers moi même. La notion devient alors flottante au gré de ce que je pense de moi, en fonction de mon humeur, maussade ou enjouée. L'influence forte de mon ego s'ajoute à l'incertitude de ma réflexion.
Au final, plus j'y réfléchis, moins je sais répondre. De plus en plus perdu.
Dans ces moments là, il y a bien ce poème, ce petit texte ciselé par la grâce des talents d'orfèvre de Rudyard Kipling. J'y viens et reviens avec régularité avec toujours autant de bonheur à sa lecture. Pour l'heure, j'ai pas mieux à proposer, mais si quelqu'un a une idée, je suis preneur.
Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;
Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;
Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;
Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tous jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.
Voilà!
Ben il y a du boulot!!!!!!