Olivier et le typhlonectes
CET ARTICLE NE CONTIENT PAS DE PHOTOS DE SERPENTS .
Olivier est infirmier. Il a 26 ans et est arrivé en Guyane il y a un an. C'est avec lui que je partage cette expérience d'un mois à Trois Sauts. Il travaille habituellement sur le site de Saint Georges, et a été envoyé ici sur le principe d'un roulement avec ses collègues, mais basé sur le volontariat. On n'oblige pas quelqu'un à venir travailler à Trois Sauts, on lui propose.
Quoi qu'il en soit, Olivier avait depuis longtemps comme projet de venir vivre en Guyane. Pourquoi ? Parce que mon enfer est son paradis. Il est entomologue et herpétologue amateur éclairé, mais attention très éclairé. Un point sur les définitions : un entomologue est un passionné d'insectes, un herpétologue est un spécialiste des serpents ( et par extension, des reptiles). Autant vous dire qu'avec lui, je suis à l'aise. Sa spécialité à lui, ce sont les coléoptères. Depuis cinq ans, il tient un site internet ultra spécialisé sur le domaine. Alors, forcément, la Guyane ressemble pour lui à un magnifique terrain de jeu.
le fameux Sphinx
C'est un monde méconnu qui s'ouvre à moi par son biais. Là où je ne vois que des insectes volants trop près de mon assiette le soir, il s'exclame joyeux, « tiens, un sphinx ! Il est superbe ! (si si, vous connaissez le Sphinx, c'est l'insecte sur l'affiche du « Silence des agneaux »). D'accord, je le reconnais ça reste un mystère pour moi, mais je découvre. Alors que nous étions partis en visite dans le village attenant au notre, marchant le long du sentier, lui devant moi derrière ( si il y a un serpent, je préfère être derrière. Pas courageux. C'est pas faux, et alors?) concentré sur mon pas et surtout sur l'endroit où je posais mon pied, Olivier ne cessait de repérer les papillons, les petits batraciens dans les herbes, les nids de termites dans les arbres, tous ces petits détails que je ne suis pas habitué, non seulement à voir, mais aussi à regarder. Alors, petit à petit, je regarde. À sa manière, il me rappelle mes premiers moniteurs de plongée quand je ne voyais encore rien sous l'eau alors que la vie foisonnait partout sur les parois des tombants, sur les patates de corail. Voir, ça s'apprend. Le soir, sur la terrasse de notre logement, un grand drap blanc étendu réfléchit la lumière dans la nuit et des « bestioles » attirées viennent s'y poser, pendant que nous mangeons. C'est l'occasion de sortir nos appareils photos et de mitrailler l'animal. Olivier le fait plus dans un but d'archivage, de collectionneur, moi à titre de souvenir, pour la photo, histoire de pouvoir dire « dis donc , t'as vu les insectes qu'on croise là bas. »
Un criquet feuille
Parfois je n'ai pas que de bonnes surprises. Hier soir, je grattais tranquillement ma guitare quand j'ai senti quelque chose tombé sur mon crâne. Désagréablement surpris plus qu'effrayé ( mais un peu quand même), je secouais la tête d'un mouvement brusque sur la droite et c'est tombé par terre. Olivier, mort de rire, s'en saisit pour me le montrer de plus prêt. Une petite chauve souris, la même qui squatte notre salle de bain, avait décidé que mon crâne dégarni était une piste d'atterrissage.
La chauve souris indélicate
Quand à Olivier, il n'attend pas que les animaux viennent à lui, il les cherche. Certains soirs, il prend le kayak du dispensaire et va poser ses pièges, des nasses bricolées avec des bouteilles de coca découpées, dans l'Oyapock. Ne vous moquez pas, avec ce dispositif rudimentaire, il a damé le pion à du monde bien mieux équipé. Et il y a deux jours, il est revenu avec SA prise. Quand il est venu m'annoncer qu'il avait capturé un petit fennec, je me suis demandé ce qu'il me racontait. « Mais non !!! Un typhlonectes !!!! c'est un amphibien apode ! » Pour les ignorants comme moi, c'est donc une sorte de bestiole longue et fine sans patte mais ça n'est pas un serpent. Et surtout c'est extrèmement rare. Avant celui ci, il en avait capturé un autre spécimen du côté de Saut Maripa, à Saint Georges, avec la même technique, là où un spécialiste anglais venu avec une multitude de nasses était rentré bredouille. Son exemplaire a été envoyé pour l'occasion au Museum d'Histoire Naturelle de Paris. Des bêtes comme ça sont très rares. En attraper une à Trois Saut encore plus ( surtout pour faute de recherche dans le coin).
le fameux Typhlonectes
le Zippo donne l'échelle.
Des amateurs dans son genre, on en croise quelques uns en Guyane, qui occupent leur temps libre à chasser les papillons, à patauger la nuit dans les marais pour attraper des grenouilles ou des serpents. Rien que cette année, Olivier a attrapé une vingtaine de ces rampants, dont une quinzaine d'espèces différentes, certaines extrêmement dangereuses voire mortelles comme le grage à grands carreaux (Lachesis muta) qui a des crochets de presque cinq centimètres, à ne pas confondre avec le grage petits carreaux (Bothrops atrox) qui lui se contente d'être responsable d'amputations ou de paralysies. Outre le fait de se monter une base documentaire, ce hobby dangereux permet une meilleure identification des serpents et les données recueillies par les amateurs sont régulièrement transmises aux spécialistes. Des publications en découlent, et une meilleure prise en charge des morsures aussi.
Deux fois depuis notre arrivée, nous avons failli faire une prise. La première, j'étais devant sur le chemin qui nous ramenait au dispensaire, quand à cinquante centimètres de moi, je vois quelque chose qui n'était pas une branche et qui se perdait dans le buisson attenant. N'écoutant que mon courage, je reculais de deux pas ( peut être trois) et demandais à Olivier « Qu'est ce que c'est que çà ? Ouah, un serpent ! » La queue en fait , qui dépassait. Ni une ni deux, le voilà qui s'approche, se met à genou et attrape le segment à découvert. Celui ci aussitôt stimulé glisse et disparaît dans les fourrés. « Tu l'as fait partir en le touchant ? M'exprimais je naïvement. Non, je voulais l'attraper mais je ne l'ai pas tenu assez fort... » Tant pis ( ouf!). La seconde fois, c'est lui qui était devant et au passage d'un petit pont de bois au dessus d'un petit marigot, un frémissement à ses pieds lui a fait comprendre trop tard qu'un invité couleur bois idéalement camouflé au soleil sur les planches avait fui notre approche lourde et bruyante ( je suis dans ces cas là très fort pour marcher d'un pas lourd en agitant mon bâton de marche devant moi). Re tant pis ( re ouf!).
Pour l'instant, tout va bien. La forêt n'est clairement pas mon milieu et je ne m'y sens pas plus à l'aise que ça, mais je dédramatise beaucoup l'image d'Epinal d'une jungle remplie de serpents et de mygales prêtes à te dévorer à chaque instant. Je remplis mon objectif. Je découvre un nouveau milieu, aidé en cela par un passionné, et ça c'est vraiment bien !
A titre d'information, le lien pour son site est :
La grenouille dans ma cuisine ( Scinax ruber)
Un longicorne