Ça va faire un tabac!!
Non, vous ne rêvez pas ! Avec la profonde aversion qui me possède jusqu'au plus profond de mon être pour cette substance ignoble qu'est le tabac, vous ne pouvez qu'être surpris de me voir apparaître devant vous la clope au bec.
Pour la science ? Pour la culture ? Pour le sensationnalisme ? Gardons un peu des trois. Et je précise tout de suite pour n'induire personne en erreur que non, je ne suis pas fumeur, je ne l'ai jamais été, et je ne le serais jamais. D'ailleurs, techniquement, ce n'est pas une cigarette.
Quand je dis « ce n'est pas une cigarette », ce n'est pas pour paraphraser Magritte, ce peintre fameux avec son célèbre « ceci n'est pas une pipe » représenté sur le tableau qu'il avait réalisé représentant une pipe (La trahison des images, 1929). Non, pour le coup ce n'est vraiment pas une cigarette, dans le sens classique du terme, mais ce que les indiens Wayampi fument ici « traditionnellement ». Bien sur la tradition s'est fait la malle sur la même pirogue qui a amené ici les bienfaits de la modernité que sont le rhum, les clopes et le RSA qui permet de se les offrir. Au même titre que les chants traditionnels ont céder la place à une musique techno débitée au kilomètre à un volume suffisamment élevé pour couvrir le bruit du groupe électrogène, la cigarette bon marché brésilienne prend progressivement le pas sur ces cigarettes de fabrication locale et oh combien artisanale. Bon d'accord, pour les chants, ils ne sont pas au niveau des magnifiques polyphonies entendues dans le Pacifique, et la danse polynésienne est un ravissement pour les yeux qui réchauffe l'âme mieux qu'un calvados dans une fête traditionnelle bretonne. Les fêtes bretonnes sont d'ailleurs certainement ce que la France exporte le plus à l'étranger. Dès qu'un breton arrive quelque part dans le monde, la première chose qu'il fait, juste après avoir accroché un drapeau de la Bretagne dans sa chambre, est de créer un association des amis de la Bretagne pour expliquer à quel point la Bretagne est le plus bel endroit sur terre.
Mais je m'égare ( de l'Est comme disait Desproges) et vous allez sérieusement commencer à vous demander ce que j'ai bien pu fumer. Vous allez être déçu. Entrons ensemble dans le mystère de la fabrication de ces cigarettes.
du tawali
le tabac local
Tout commence avec du tawali, une écorce fine brunatre claire qui s'enroule sur elle même très naturellement. Elle va remplacer le papier à rouler très à la mode en métropole. À l'intérieur d'une feuille rectangulaire de tawali, on dépose un peu de tabac local. Puis d'un geste élégant et leste que ne renieraient certainement pas les cubaines qui fabriquent les cigares à la notoriété mondiale, on fait rouler une poignée de secondes le tawali entre ses deux mains. On obtient ceci :
Ensuite, on extrait un fil en déchirant le bord d'une feuille de tawali. Ce filament humidifié par un peu de salive s'assouplit d'avantage. Il permet alors qu'on l'entortille autour de la cigarette maison. Ce geste répété trois fois permet de lui donner son aspect final et fini. Ne reste qu'à l'allumer et déguster.
Déguster ? Passer ce secret de fabrication, le tabac reste du tabac et c'est toujours aussi répugnant, que ce soit à l'odeur ou au goût. J'y ai goûté pour la photo et pas plus.
Je ne vous ferais pas la leçon sur le tabac ( ou juste un peu alors). Les plus informés de sa nocivité sont les fumeurs, et il n'y a pas un fumeur honnête qui n'ai jamais songé, espéré, ou essayé d'arrêter de fumer. La seule personne qui peut convaincre un fumeur d'arrêter, c'est lui même. C'est après que nous, les médecins, les soignants, les thérapeutes de tous poils, entrons en jeux.
Non, pour l'heure, je souhaite faire une mise au point sur autre chose :mon rapport au tabac.
Non, je ne trouve pas que fumer fait cool, ni intello, ni artiste.
Non, je n'aime pas observer le sens du vent quand je m'assois à une terrasse avec des fumeurs pour voir où me mettre pour ne pas prendre trop de fumée dans la tête.
Non, je ne trouve pas agréable de passer ensuite le reste de ma journée à sentir la cigarette, particulièrement quand je fais des consultations.
Non, non et non, je ne trouve pas supportable de me taper six heures de route,nauséeux, l'hiver dans une voiture avec des tabagiques chroniques qui s'allument clope sur clope à tel point qu'il y a plus de brouillard à l'intérieur de la voiture qu'à l'extérieur.
Non, je ne trouve pas satisfaisantes les deux solutions proposées dans le cas précédent, à savoir
1/ ouvrir la fenêtre et mourir gelé
2/ la fermer ( en même temps que la fenêtre) et mourir asphyxié
Non, mais alors carrément non, je n'aime pas quand j'embrasse une fille avoir l'impression de lécher un cendrier.
Non et re-non, quand un non fumeur dit à un ami fumeur que sa cigarette le gêne et que le fumeur lui répond un minable « oohhhh t'es chiant ! » tout en tirant sur sa clope sans en tenir compte, mettez vous ça dans la tête une bonne fois pour toutes, c'est bien le fumeur l'emmerdeur !!
Non, une salle de repos ou une salle de vie commune n'est pas de droit un fumoir, ce qui exclu de facto les non-fumeurs du lieu de détente sus mentionné et à qui il ne reste plus que la possibilité de retourner au travail ou de s'isoler chez eux.
Non, le non fumeur n'est pas un intégriste liberticide, c'est justement une personne qui veut jouir aussi de sa liberté.
Non le non fumeur n'est pas intolérant, vu que dans la majorité des cas, après une éventuelle remarque, il reste et subit l'intoxication fumigène, là où le fumeur se vexe et refuse de venir si on l'empêche de céder à son caprice. ( au passage, non fumeurs et fumeurs en groupe s'installent préférentiellement à un endroit où les fumeurs peuvent consommer, pas l'inverse)
Non, quand je bois un cognac au bar, ce n'est pas le voisin qui ressort ivre ( ou alors par sa propre consommation, mais alors ça compte pas!).
Pour finir, deux anecdotes délectables :
Il y a une quinzaine d'année, à l'occasion d'un barbecue entre copains, une personne présente, ami d'un ami, m'a expliqué doctement que les barbecues étaient très mauvais pour la santé car cancérigènes ( ben oui, les flammes sur la merguez!)
Il y a quelques mois, dans un bar, une amie de mon amie, étudiante dans le vaste domaine de la santé, m'expliqua que le lait était très dangereux, qu'un lobby des produits laitiers nous incitait à en consommer et que nous nous intoxiquions. D'ailleurs elle l'avait lu dans un livre, alors !!!
Je suis ravi de voir que les gens font attention à leur santé, même si leur culture médicale est issue d'un magazine de la qualité de « Top santé », ça marque au moins un interêt de leur part, et j'aurais certainement accordé plus d'attention à mes deux interlocuteurs si le premier n'avait pas eu une cigarette au bec, et si la deuxième ne revenait pas d'une pause clope à l'extérieur du bar par 0°C à Rennes en hiver après être arrivée depuis une dizaine de minutes.
En santé on part déjà du début pour affiner ensuite. C'est un peu comme pour un régime alimentaire. Avant de se demander quelles carences on peut bien avoir en oligoelements et s'il ne faudrait pas acheter ces merveilleuses pilules aux Omega 3 ( mangez du poisson, ça revient au même, c'est moins cher et vous mangerez quelque chose en même temps), il faut d'abord supprimer la mayonnaise de la liste des courses hebdomadaires.
Personnellement, je n'ai jamais eu à annoncer un décès à cause des laitages . Vous imaginez ? « Désolé, on a fait tout ce qu'on a pu. Mais il faut comprendre, toute sa vie il a mangé des yaourts, on pouvait rien faire. Trop longtemps intoxiqué. Le chocolat au lait d'hier a été de trop... ». Et les barbecues, s'ils sont nocifs pour la santé, c'est à très haute fréquence, sur des morceaux régulièrement cramés ( si vous cramez tout, arrêtez le barbecue), mais de toute façon toujours moins dangereux qu'un paquet de cigarette ( surtout si c'est la dose journalière).
Il n'est pas de plus grand sourd que celui qui ne veut pas entendre.
Il n'est pas de plus grand aveugle que celui qui ne veut pas voir.
Il faut bien mourir de quelque chose, alors pourquoi pas ça ? Argument oh combien rabaché à mes oreilles lasses.
C'est un peu comme jouer à la roulette russe avec un gros gros pistolet
le non fumeur a 1 balle dans le barillet et 99 espaces libres.
le tabagique passif a 5 balles dans le barillet et 95 espaces libres.
Le tabagique actif a son barillet rempli avec une vingtaine de balles, voire plus.
Moi, si je dois jouer, je préfère la première solution.
Conclusion : la liberté individuelle ! Fumez ! Ne fumez pas ! Faites comme vous voulez ! Mais la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres.
Post Scriptum :
Ce post n'est pas une leçon de morale. C'est juste l'expression de mon avis sur la question. Je ne suis pas là pour dire aux gens ce qu'ils doivent faire de leur vie. Mais si vous avez envie d'arrêter, les médecins sont censés vous soutenir.
Vos commentaires sont les bienvenus.