La vie sociale nuit gravement à la tenue d'un blog
C'est ma dernière semaine à Saint Georges. Encore un week end d'astreinte et lundi matin, je pars pour Trois Sauts. Ca fait maintenant un mois que je suis arrivé en Guyane, que je travaille avec l'équipe en place, et que je cotoie la population. Un mois, c'est une durée que je n'aime pas beaucoup. Dans ce laps de temps, je prends mes marques, observe le fonctionnement local, commence à connaitre les personnes autour de moi. Après un mois, je suis plus à l'aise, bien en place dans mon poste. Et c'est à ce moment là que je repars. En fait, un mois, c'est juste une période de transition. Ce n'est pas pour rien que c'est un remplacement. Je suis là pour assurer la continuité, rien de plus. Au début, on est tenté de changer plein de choses, tout ce qui nous semble une hérésie organisationnelle ( et pourtant, l'organisation n'est pas ma spécialité, loin s'en faut). Mais c'est une erreur. De passage, on oublie que c'est le médecin qu'on remplace qui reprends la main un mois plus tard, et que le changement proposé ne dépend que de son bon vouloir à le maintenir. Dans la majorité des cas, c'est un retour à l'équilibre antérieur qui s'est installé insidieusement, sur des années parfois, et qui convient à la majorité souvent par facilité.
Un mois c'est aussi le temps qu'il faut pour connaitre suffisamment de personnes à l'extérieur du travail pour ne pas être là que pour le travail. Et, alors que les amitiés se créent, les discussions deviennent plus profondes, c'est l'heure du départ.
Non, décidément, un mois, c'est pas une bonne période!
Hasard du calendrier, en cette fin du mois de juin, c'est la dernière fois que l'équipe avec qui j'ai travaillé ici va se voir. Contrats d'un an arrivant à leur terme, infirmiers partant en vacances ou en poste isolé pour un mois ou deux, au final, tous vont se croiser dans le trimestre à venir, mais ils ne retravailleront plus ensemble. A ceci s'ajoute les vacances scolaires qui marquent le retour en métropole des profs, l'autre grand groupe de "métros" ( il s'agit bien sur des métropolitains) qu'on croise outre-mer à côté des intervenants de la santé. Donc d'ici quelques jours, Saint Georges va devenir franchement plus tranquille.
Cette semaine s'enchainent les pots de départ, invitation diverses et variées, apéro dinatoires ou barbecues exubérants. Hier, je me suis retrouvé au Brésil pour la soirée. Andréa est professeur à Saint Georges. Les logements de ce côté ci de la frontière sont couteux et en piteux état. Elle s'est donc installée en face, à Villa Victoria. Attention, n'imaginez pas à cause du nom qu'il s'agit de résidences de luxe. Non, nous sommes bien dans le rustique, au bord du fleuve. Une pirogue m'a fait traversé l'Oyapoque jusqu'à un ponton improbable à moitié détruit. Ensuite un petit escalier bricolé avec des planches de bois plantées verticalement dans la terre m'a mené à travers une végétation dense jusqu'à la charmante petite maison en bois où elle loge. Tous les jours un piroguier passe la chercher pour la ramener travailler au collège. D'autres ont choisi une option plus sportive : le kayak remplace avantageusement l'exercice que procure un vélo de bon matin. Mais comme ce dernier, il ne protège pas des intempéries brutales. C'est un risque à courir.
Ainsi donc nous nous sommes retrouvé une petite vingtaine de personnes sous la varangue, autour d'une grande table en bois recouverte de brochettes de boeuf grillées, de cuisses de poulet marinées, de saucisses calabraises grasses à souhait, et des désormais classiques et traditionnelles salades de pâte et de riz. Rien de mieux pour accompagner ça que du planteur ( cinq fruits et légumes par jour!) et de la bière. Ici, on trouve les fûts de 5 litres, très pratiques. La différence avec l'organisation qu'il a fallu à Bora Bora pour installer le fût de 50 litres dans un bac rempli de paillettes de glace et branché sur un système très artisanal de tireuse est flagrante. Le jour où Hinano ( la bière de Tahiti) décide à investir dans la diffusion des fûts de petit volume, leurs ventes exploseront ( si c'est encore possible d'en vendre d'avantage, quoique le plaisir d'une pression au soleil est irremplacable!).
C'est agréable de dire certaines choses à voix haute, ça aide à prendre conscience de sa chance. "Je mange une brochette au Brésil!" ça peut vous paraitre ridicule. N'y voyez pourtant pas de vantardise . C'est purement et simplement le plaisir de gouter l'instant présent. C'est le "Carpe diem" que Robbin Williams nous avaient jeté en pleine figure dans " le cercle des poètes disparus", et qu'on a tous sorti à tort et à travers tout le long de notre adolescence que nous imaginions torturée. Je trouve le même plaisir quand je rentre à la maison, à Cognac, que je me pose dans le petit salon de thé où j'ai mes habitudes, et que je déguste une petite tasse ( il n'y a pas que la bière dans la vie). Pour ceux qui auraient du mal avec le principe, se reporter au livre de Delerm " la première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules". Parce qu'enfin ça va bien! Lire est une chose, mais appliquer c'est pas mal non plus. La pratique, la pratique, la pratique! Profiter de la vie c'est un entrainement intensif. Il faut se mettre en condition et s'accrocher. L'hédonisme appliqué, et pas seulement à travers l'expérience des autres.
Hier soir j'ai fait la fête.
C'est dur de tenir un blog quand on a une vie bien remplie.
C'est dur de tenir un blog quand on n'a pas une vie bien remplie.
C'est dur de tenir un blog.