Kourou coucou!
Qu'est ce qui peut dépayser au plus vite une personne qui vient de passer deux mois dans la forêt guyanaise ? Un bond technologique en avant ! Ce bond, il est très facile à faire à Kourou, une ville qui semble n'exister que par les emplois créés par les entreprises installées ici et qui sont tournées vers l'espace. C'est d'ici que sont lancés cinquante pour cent des satellites du monde entier, quasiment une chasse gardée européenne sur un territoire français. Alors que pendant des années les américains et les russes faisaient une course à l'armement et à la conquête spatiale, les européens ont développé leur marché spécialisé dans la mise en orbite de ces bidules si inutiles qu'il nous servent à recevoir la télévision en haute définition pour regarder aussi bien les jeux sur TF1 que les documentaires sur National Geographic, tout en passant un « coup de fil à un ami » avec notre portable pour savoir quelle adresse entrer dans notre GPS pour aller chez lui. Stop ! GPS est un système américain ! OK, mais Galiléo son équivalent européen va être mis en place par le nouveau lanceur Soyouz acheté « clé en main » aux russes pour être envoyé par Arianespace et le CNES.
Une réussite européenne
Le résultat de toute cette affaire est que les européens sont rentables là où l'exploration spatiale a créé un gouffre financier chez les autres. Et s'il existe d'autres pays pour le même genre d'activité, l'expertise acquise depuis des années donne un net avantage à l'Europe dans ce domaine avec un taux d'échec extrêmement bas. Au prix du satellite, c'est un argument de taille.
Nous voici donc là, à Kourou, au cœur du fleuron de la technologie européenne et française en matière d'engin spatial. Une reproduction d'Ariane à l'entrée nous montre à quel point elle est impressionnante. À l'échelle de 1/1, elle mesure 51 mètres. Chacun de ses boosters fait dans les 35 mètres. C'est en gros la taille que feront les nouveaux lanceurs Véga spécialement conçus pour expédier des petits satellites pour lesquels Ariane est surdimensionnée. Le lanceur Soyouz quand à lui sera de taille intermédiaire, de l'ordre de 40 mètres. Voilà! C'est l'avenir de Kourou, trois lanceurs au lieu d'un seul, trois tailles différentes. Dites nous de quelle taille est votre satellite, nous avons le lanceur le plus adapté, au meilleur prix !
Ariane 5
Pour la taille des installations, ils ont prévu large. Tout semble surdimensionné, à commencer par la superficie totale réservée à cet usage : l'équivalent de la taille de la Martinique. Bien que les sociétés ici soient privées, elles ont de nombreuses connexions avec certains services publics dont la Défense. Aussi lors d'un lancement, plusieurs corps d'Armée sont mis à contribution :
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la Marine Nationale surveille les côtes et le large sur le trajet du lanceur.
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L'Armée de l'Air surveille l'espace aérien
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la Gendarmerie Nationale convoie les différentes parties du lanceur ou le satellite jusqu'à bon port
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la Légion Etrangère assure la sécurité au sol
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les Pompiers de Paris, des militaires, s'occupent de la sécurité incendie bien sûr.
Au fond le site de lancement d'Ariane, à gauche celui du nouveau lanceur Véga.
Cette étendue immense sur laquelle sont érigés à distance respectable les uns des autres des batiments de béton et de fer décontenance au premier abord. Mais nous ne sommes pas dans un parc d'attraction, nous sommes dans des vrais installations usuelles et chaque implantation est étudiée et sécurisée, chacune a sa raison d'être. Ce sont des locaux techniques et pas des manèges. Exit donc Disneyland ! Reste à se laisser absorber par le gigantisme des sites en imaginant ce déferlement de décibels lors d'une mise à feu ( qui dépasse les 130 décibels à plusieurs kilomètres alors que la limite autorisée en discothèque est de 110 dB) alors que les réacteurs crachent de puissants jets de flammes et que la poussée atteindra les 9 kilomètres par seconde pour arracher l'ensemble de l'écorce terrestre et mettre en orbite le futur objet celeste.
La salle Jupiter d'où est surveillé le lancement
Et dire qu'il n'y a pas si longtemps j'étais dans un village où les groupes électrogènes sont une rareté. Un endroit sans téléphone, sans internet ( sauf au dispensaire), sans réfrigérateur, sans eau chaude...
Est ce ça la Guyane ? Une terre où se cotoient les dernières technologies, à la pointe du progrès, servies par des ingénieurs de talent d'une part, et d'autre part des populations indiennes en cours de transition dans leur histoire mais qui vivent encore comme il y a un siècle pour la majorité de leur vie quotidienne ? Chacun a conscience et connaissance de l'autre, mais sans vraiment le connaître. Une terre de contraste ? Non, pas vraiment la terre. Ce sont les hommes et leurs activités qui contrastent. La terre, elle, est similaire. C'est ce qu'on en fait qui change tout.